Lundi 3 octobre 2005


J
uste un petit coup de gueule en soutient à ce grand humoriste de Dieudonné,  victime d'une vendetta injustifiée qui donne beaucoup à réfléchir. Je me souvient avoir ri comme jamais lors de son premier spectacle avec Elie Semoun au Café de la Gare à Paris, depuis je ne l'ai plus laché, j'ai suivi toute sa trajectoire...jusqu'à ce sketch polémique dans l'émission de Fogiel...Je viens de voir son derneir spectacle que je recommande a tous "Mes Excuses"...c'est comme l'aspirine contre la pensée unique...alors je me suis empressé de lui poster le message qui suit sur sa page officielle:

"Putain ça fait un bien fou de voir un humoriste provocateur...que l’on soit d’accord ou pas n’est même pas la question, mais enfin quelqu’un qui nous rappelle le coté indispensable de la provocation..."mal" nécessaire de la démocratie ...la réponse enragée d’une communauté qui n’a en aucun cas été visée par le sketch de Dieudonné nous interpelle, car si la réaction a été si virulente c’est que quelque part il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Attaquer ou provoquer les sionistes ne représente en aucun cas un acte d’antisémitisme a mes yeux, c’est la critique d’un projet politico-socialo-religieux envers lequel chacun devrait avoir le droit d’exprimer son opinion. A ce que je sache être juif ne veut pas dire nécessairement être sioniste...ou alors il y a un problème très grave...c’est la réaction au sketche qui soulève la question , pas le sketche en lui même. Le problème c’est que l’on est plus habitué a ce genre d’humoriste provocateur, nous sommes endormis par des idées et des discours politiquement corrects qui pourrissent l’intelligence du citoyen démocrate. Pas de tabous, bien entendu dans la limite de l’offense...et je ne vois pas pourquoi on se sentirait offensé par un sketch caricaturant un extrémiste...qu’il soit noir, juif, arabe, chinois ou je ne sait quoi... Dieudonné, la justice t’a donné raison, l’opinion publique t’as donné raison, le marché t’a donné raison...même si la pensée unique ne t’aime pas...elle est l’unique qui ne t’a pas donné raison...alors que la pensée unique reste seule à se contempler et à s’éloigner un peu plus des citoyens dont elle sous estime la capacité de jugement entre ce qui est de l’antisémitisme et du bon sens... Dieudo...j’aime ton bon sens d’être humain..."

Voilá, c'est dit !

Par Ben Mustapha - Publié dans : Le Monde d' Iskander
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Mercredi 28 septembre 2005

H
eureux de vous retrouver...j'ai été immobilisé pendant plusieurs jours à cause d'un petit accident sportif (le dos complètement bloqué aprés un faux mouvement à l'entrainement de Volley Ball....). Avant cette blessure, j'avais déjà en tête ce post que je vous propose aujourd´hui.

Voila maintenant 5 ans que je travaille pour une multinationale américaine à Madrid, avant cela j'ai travaillé 3 années pour une autre multinationale américaine mais à Paris....et il y a une chose qui m'a toujours à la fois étonné, chagriné, preoccupé et surtout mis hors de moi...c'est le sort réservé aux employés au bord de la retraite...ou plutôt au bord du gouffre.

Je parle de ces vieux employés qui un jour débarquent dans votre service ou département, l'air hagard, que l'on trimbale d'un service à un autre sans trop savoir quoi en faire parcequ'on ne peut plus s'en défaire...qui à la pause descendent à la caféteria, qui prennent un petit dejeuner seuls, qui dejeunent seuls...en attendant le jour libérateur de ce supplice, le jour de la retraite (soit dit en passant et sans être cinique, en espagnol RETRETE veux dire le trou des cabinets....quelle coincidence non ?)...ça me rappelle toujours la chanson de Jacques Brel sur les vieux: "et la pendule au salon, qui dit oui , qui dit non, qui dit je vous attend!", ça me rappelle aussi le début du Grand film interprété par Jack Nicholson: "Mr Smith".

C'est un spectacle pathétique...de voir comment des employés qui ont dedié toute leur vie professionnelle à une entreprise se retrouvent inutiles à cause des changements des besoins du marché, que même leur savoir de la boite n'est pas valorisé. Ils sont, pour l'employeur, un coût fixe prévu qui revient moins cher que la retraite anticipée ou le licenciement. Mais le plus désespérant c'est que l'organisation de l'Entreprise n'est même pas capable de trouver quelque chose de digne à donner à faire a ces ressources en fin de parcours, alors que ce devraient être des forces vives de la firme, ceux qui savent, la mémoire vivante de la boite, ceux qui pourraient permettre une meilleure intégration des nouveaux employés....et bien non...ont les laisse là pourrir jusqu'à ce qu'ils fassent leur temps, comme s'il s'agissait d'une peine de prison...alors ils errent comme perdus dans les couloirs milles fois parcourus, immobiles devant leurs ordinateurs qu'ils ne terminent pas d'en comprendre les fonctions...

Dans nos sociétés traditionnenlles ils étaient nos maitres, la sagesse de la nation, la mémoire vivante de nos peuples et civilisations...aujourd´hui ils sont les fantômes de cette société moderne de l' éphémère...de la consommation "jetable"...mais ils sont surtout la projection de nous même et de ce qui nous attend si l'ont reste les bras croisés à nous regarder pourrir a travers eux.

Et merde ! Je me suis sappé le moral avec ce post, mais le problème c'est que l'on ne peut pas se cacher la face, je suis confronté à ces personnes tous les jours au boulot, et mes 5 jours d'immobilité m'ont aussi fait réflechir sur l'invalidité des vieux...Putain, travailler toute sa vie, faire des gosses, les éduquer, voyager, faire la fête, avoir des amis...et terminer comme ça ? non, c'est trop moche...et en plus il y a pire, maintenant ont met les vieux dans des asiles...je crois que dans ces conditions Dieu devrait permettre le suicide...je dit des bêtises mais c'est révoltant non ?

Que Dios nos protege....
Par Ben Mustapha - Publié dans : Le Monde d' Iskander
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Mercredi 14 septembre 2005


 Une des premières choses qui marquent en Espagne c’est le fort sentiment de régionalisme présent chez ce peuple…qui en réalité n’en est pas vraiment un.

Je commencerai par une anecdote particulièrement représentative de ce phénomène pas toujours facile à comprendre depuis l’extérieur.

J’ai quitté Paris pour m’installer à Madrid en 2000 et comme mon espagnol était des plus rudimentaires, j’ai logiquement commencé mon séjour par des cours accélérés d’espagnol (ou plutôt de castillan, la langue espagnole n’existant pas). Vu que mes après-midi étaient libres, j’ai décidé de chercher un partenaire espagnol pour faire des échanges de conversations espagnol / français ; le principe est d’alterner les rencontres, une fois on ne parle que français et la suivante que l’espagnol, c’est très efficace pour pratiquer la langue. Je me suis donc rendu à l’Institut Français de Madrid et j’ai laissé une annonce. Quelques jours plus tard j'ai été contacté par une espagnole. Les premiers jours tout se passait à merveilles, je voyais mon niveau d’espagnol s’améliorer, autant que ma connaissance de la ville, vu qu’elle me donnait rendez-vous dans des endroits toujours différents pour me faire découvrir de nouveaux quartiers. Peu à peu ma camarade commença à me parler de ses origines : « je suis catalane et je suis à Madrid pour une mission de deux ans et j’ai vraiment hâte de rentrer à Barcelone, ici je me sens à l’étranger, les madrilènes sont très différents de nous ». En tant qu’étranger en Espagne, je me suis bien retenu de faire quelques commentaires que se soit, malgré mon étonnement vis à vis de son discours. Mais, rencontre après rencontre, elle commençait à ressasser toujours la même histoire, que les madrilènes sont des campagnards, qu’ils n’ont pas de bonnes manières, qu’ils ne sont pas civilisés et blablabli et blablabla….Elle commençait sérieusement à me les gonfler avec ces histoires…mais bon, vu qu’à part ce coté régionaliste elle était plutôt sympathique, j’ai donc décidé de laisser couler. Un jour elle m'a proposé de rejoindre des amis à elle pour aller au cinéma, je m’empresse d’accepter d’abord parce que je suis un accros du cinéma et en plus connaître d’autres espagnols ne pouvait qu’être enrichissant pour moi….manque de bol je me retrouve en plein milieu d’une bande de catalans parlant en catalan…tant pis je décide de me concentrer sur le film…pendant toute la projection je n’arretais pas de penser : c’est quand même bizarre d’être espagnol et de ne cotoyer que des gens de sa propre région. Quelques jours plus tard j’appelle ma catalane pour repousser notre prochain rendez-vous, je tombe sur son répondeur…et devinez quoi ? Le message de son répondeur était en catalan…là je n’en pouvais plus…merde quand même, vivre à Madrid et ne vivre que dans un environnement catalan c’est trop fort pour mon petit cerveau et comme je suis un peu taquin sur les bords je lui laisse un message…en arabe ! Depuis plus de nouvelles de ma catalane…bon vent ! elle commençait vraiment à me courir avec ces histoires de condescendance catalane.

Cette petite histoire vous montre bien qu’il y a un problème endémique ici, c’est qu’il n’y a pas réellement d’espagnols, de sentiment patriotique, il y a des catalans, des basques, des madrilènes, des andalous, des galliciens…pour comprendre ce phénomène il faut faire un petit rappel historique : la péninsule ibérique a toujours été une terre conquise, par les grecs, les phéniciens, les romains, les wisigoths puis les arabes. Ces civilisations n’ont jamais rencontré de resistance populaire, car la péninsule était habitée par des tribus d’ibères agriculteurs disséminées sur un large territoire. Donc les civilisations venues de l’extérieur ont petit à petit forgé et construit les bases de ce qui deviendra par la suite une monarchie unifiée. Cette unification de petits royaumes s’est concrétisé au XV ème siècle dans un effort de reconquérir les territoires administrés par les andalous musulmans (Al Andalus). Pour la première fois les ibères se sont unifiés sous l’égide de la couronne de León et de Castille. Malgré cette union contre l’occupant, les différences culturelles entre les différents peuples ibériques n’ont jamais cessé d’exister jusqu’á nos jours, même après la dictature franquiste qui a beaucoup réprimé les cultures régionales, jusqu’à en interdire l’usage des langues pour le castillan (l'espagnol pour nous étrangers). 

On continue donc aujourd’hui à manifester des signes d’appartenance à une culture régionale. Aujourd’hui cette manifestation s’exprime d’une part par le football et d’autre part par la politique. Les politiques usent à leur profit le discours séparatiste et indépendantiste pour drainer les votes et accaparer le pouvoir régional. Ce qui est incompréhensible c’est que les espagnols prennent au sérieux ces discours archaïques d’un autre temps. Nous vivons dans une période de mondialisation ou de part le monde il y a un phénomène généralisé de coalitions régionales pour affronter les exigences toujours plus difficiles du marché globalisé, mais ici on pense à se diviser…c’est fou quand même…on gave les espagnols de discours séparatistes pour détourner leur attention des vrais problèmes qui gangrainent ce pays : le très fort taux de chômage chez les jeunes, la précarité de l’emploi, la flambée de l’immobilier qui empêche le départ des jeunes de chez leurs parents et j’en passe…et la seule chose qui accapare le discours des espagnols dans la rue c’est de condamner le discours ou les attitudes séparatistes de la région voisine…Ces jours-ci le gouvernement catalan présente un texte d’ampliation d’autonomie de la Catalogne devant le parlement espagnol, cette proposition a une probabilité zéro d’être approuvée vu que les catalans ne sont pas majoritaires, mais cela fait plus de 3 mois que l’on ne parle que de ça dans tous les médias, dans tous les bars et moyens de transports…pendant ce temps il y a des promoteurs immobiliers qui continuent à se faire de l’argent et à spéculer de manière scandaleuse sur le dos du pauvre travailleur occupé à d’autres fourneaux…Le régionalisme espagnol? C’est comme la cape du matador, elle occupe le taureau, mais gare au matador trop confiant, il arrive toujours un jour où il se fera encorner…Olé !!!!  

Par Ben Mustapha - Publié dans : Iskander Parle De l'Espagne
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Mercredi 7 septembre 2005

   
Incroyable mais vrai....voilá que ces barbares de musulmans ont des traditions utiles de temps à autres...à lire cet article paru dans Le Monde c'est vraiment marrant...pour ceux qui doutaient...à vos ciseaux ;-)

La circoncision pourrait réduire le risque d'infection par le VIH
LEMONDE.FR | 05.09.05 | 13h57  •  Mis à jour le 05.09.05 | 13h57
Rio de Janeiro de notre envoyé spécial

'est l'événement scientifique de la troisième conférence sur les mécanismes de l'infection par le virus du sida (VIH) et son traitement. Pour la première fois, un essai clinique franco-sud-africain, présenté mardi 26 juillet, démontre que la circoncision de l'homme adulte permettrait une protection importante mais partielle (à 65%) contre l'infection par le virus du sida. Baptisée "ANRS 1265", l'étude promue par l'Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS) a comparé le taux d'infection par le VIH chez des hommes jusque là séronégatifs, répartis de manière aléatoire dans deux groupes, l'un où la circoncision était pratiquée à cette occasion et l'autre d'hommes non circoncis. Tout en manifestant un grand intérêt pour ces travaux l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Onusida attendent les résultats d'essais similaires avant d'envisager de recommander la circoncision comme moyen de réduire le risque d'infection par le VIH.

 

La notion d'une association entre la circoncision et une moindre susceptibilité de devenir séropositif n'est pas inédite. Depuis 1986, plus de trente études dites "d'observation", conduites en Afrique subsaharienne et, pour l'une d'entre elles, en Inde, en avaient fait état mais sans pouvoir établir une relation de cause à effet.

Pour leur part, l'OMS et l'Onusida conservent une grande prudence, en particulier du fait des faux espoirs que l'étude franco-sud-africaine, qualifiée de "percée dans la recherche sur la prévention" par l'ANRS, pourrait soulever, et estiment nécessaire d'attendre les résultats des autres essais menés sur le même sujet en Afrique, avec des financements américains, avant d'émettre quelque recommandation que ce soit. Une étude va bientôt démarrer au Kénya, le recrutement des volontaires étant presque achevé, et une autre en Ouganda, pour laquelle l'inclusion des participants débute et qui aura l'avantage d'évaluer également les bénéfices que pourraient en tirer les femmes partenaires régulières des volontaires. Les résultats de ces essais ne seront pas connus avant deux ans. Pour Catherine Hankins, d'Onusida, "de même que pour la recherche sur les vaccins et sur des microbicides, il y a besoin de confirmer ces résultats prometteurs avant de recommander d'ajouter la circoncision aux autres interventions éprouvées pour empêcher la transmission du VIH, comme le préservatif. Il faut aussi tenter d'appréhender le risque de favoriser des comportements à risque". Quant à Charles Gilks, de l'OMS, qui s'interroge "sur la manière dont les populations concernées réagiront à ces nouvelles", il estime que son organisation "doit dès à présent faire des recommandations sur les conditions sanitaires dans lesquelles les circoncisions doivent avoir lieu et travailler avec les praticiens de médecines traditionnelles locales, qui ne sont pas convenablement formés à l'hygiène." L'essai soulève, on le voit, beaucoup de questions sur la traduction possible dans la vie réelle de données expérimentales, comme cela sera le cas lorsque les premiers vaccins préventifs ne conférant qu'une protection partielle contre le VIH seront disponibles d'ici peut-être une dizaine d'années.


Paul Benkimoun
Par Ben Mustapha - Publié dans : Le Monde d' Iskander
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Lundi 5 septembre 2005

 
 J’ai eu beaucoup de réactions à propos de mon dernier post sur l’attitude de mes invités dominicains en Tunisie et je me vois dans la juste obligation de dédier un post sur la conception qu’ont nos concitoyens du voyage. Il serait injuste de critiquer mes chers amis des caraïbes sans regarder dans ma propre maison. Je vous propose donc quelques témoignages et anecdotes sur le comportement de Tunisiens visitant des lieux qui en font réver plus d’un: 
 

 

Le Caire: une amie trés proche, que se reconnaitra tout de suite vu qu’elle est une fidéle de ce blog, a été dépéchée avec plusieurs de ses collègues tunisiens pour un séjour professionnel de quelques jours dans la fameuse capitale égyptienne. La veille du retour au bercail, ils se sont vu accorder un aprés midi de libre. Vu la brèveté de cette permission, on leur donna à choisir un tour aux pyramides ou alors un tour dans la zone commerciale pour faire du shopping...et devinez quoi ? A l’unanimité moins une voix (celle de ma chère amie) on vota pour le shopping…elle me raconta qu’en voyant au loins la silhouette des pyramides et ne put s’empécher de verser une larme… 

 

Istanbul et Casablanca: mon père travaillait comme enseignant à l’école du tourisme en Tunisie, chaque année un voyage d´étude était organisé pour que nos futurs professionnels du tourisme tunisien aient l’opportunité de vivre en tant que voyageurs et voir comment les hotels du monde fonctionnent. Lors d’un séjour d’une semaine à Istanbul, mon père se retrouvait toutes les aprés midi seul comme un ermite pour visiter les merveilles de l’ancienne capitale de l’Empire Byzantin et ensuite  Ottoman…et je vous demande oú était le reste de la tripulation ? Vous avez donné dans le mil: dans les souks à faire des emplètes frénétiques, comme si en Tunisie il y avait pénurie...faut être un peu malade sur les bords pour ne pas dédier même une aprés midi en 7 jours pour aller voir Topkapi et autres Sainte Sophie ou ni même un petit détour vers un bain turque. Même topo lors d’un voyage au Maroc, shopping pendant les aprés midi et beuveries dans les boites le soir. 

 

Mexico: un de mes meilleurs amis a eu aussi l’occasion de visiter la capitale mexicaine dans le cadre d’un salon professionnel auquel participait une délégation tunisienne. Le seul jour de libre disponible a été dedié, à la demande générale et à la grande surprise de mon ami (qui n’en revient toujours pas), à la visite du grand magasin Carrefour, juste pour comparer avec le superbe centre commercial recemment ouvert à La Marsa et qui fait l’orgueil de mes concitoyens envers le monde entier. Pathétique....  

 

Madrid: depuis 5 ans que je vis en Espagne,j’ai souvent reçu la visite à Madrid d’amis à des amis, ou des connaissances à des amis...le téléphone arabe quoi. A plusieures reprises j’ai vu mes visiteurs faire semblant de s’interesser vaguement, pour ne pas me vexer, à mes visites historiques et culturelles de la capitale espagnole. Et dés la première pause sur une terrasse, ils ne manquaient pas de me demander, avec un tact certain: “il y a surement un grand magazin Zara à Madrid, pas vrai ? et où se trouve el Corte Ingles (grande surface espagnole style Samaritaine pour ceux qui ne connaissent pas)?”. Depuis je commence la visite de la ville par ces deux hauts endroits culturels de Madrid...pour moi c’est plus reposant et j’attend que mon viviteur manifeste un intérêt pour voir la ville...et souvent j’ai beau attendre...rien.  

 

J’ai voulu remettre un peu les pendules à l’heure car ma réaction envers mes invités dominicains a été un peu sévère et nombriliste, je n’ai pas a critiquer les autres sans regarder d’abord dans ma propre maison, surtout si les miens se comportent de la même manière ou trop souvent pire que les autres.  

 

En définitive je pense que savoir voyager n’est pas donné à tout le monde. Le voyageur se distingue du touriste par la motivation qui le pousse à la découverte d’autres terres, d’autres cultures et non pas seulement à ramener à sa maison des objets qui prouvent à ses proches qu’il  a été a cet endoit ou alors á accumuler des articles introuvables dans le Carrefour de La Marsa... C’est une question d’éducation…Pourtant nous sommes des arabes, grand voyageurs devant l'éternel, peuples sortit du désert et qui ont voyagé d’Orient en Occident pour s’ouvrir au monde (FOUTOUHAT)...que doivent penser de nous ces grand voyageurs que sont Ibn Khaldoun, Ibn Battouta, Sidi Belhassen El Chadli, Ibn Arabi…Des voyageurs hors paire qui ont ouvert des voies initiatiques grace à une vie dédiée au voyage et à l’apprentissage des autres, et donc du créateur.  

 

Le voyage doit aller au dela du tourisme, le voyage est une nécessité pour éviter et guérir de l’obscurantisme, des idées reçues et des opinions stéréotypées sur les autres...du renfermement sur soit en définitive. Mais il faut dire aussi qu’avec autant de visas...on nous transforme en bêtes affamées de shopping vu que toute l’année la parabole nous gave de publicités de produits innaccessibles...pauvres de nous...et on ne peut même pas nous targuer de “ Mon Dieu pardonne leur ils ne savent pas !”  

 

A bon voyageur Salut !
 
Par Ben Mustapha - Publié dans : Le Monde d' Iskander
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Mardi 30 août 2005

  
M
e
revoila aprés un mois de vacances en Tunisie...c’étais vraiment le pied. Je demande pardon à tous les bloggueurs tunisiens pour mon abscence au meet up à Kelibia, mais j’ai été retenu par la visite d’amis dominicains en Tunisie. D’ailleurs j’en profite pour en faire le thème de ce post. 

L’année dernière j’ai fais un voyage avec ma femme en République Dominicaine, j’y ai été fort bien acceuilli par la famille de ma femme (elle est a moitié dominicaine), et pour montrer notre gratitude et surtout pour leur faire connaitre la culture arabo musulmane et notre pays on les a logiquement invité. Aprés une semaine marathon en Tunisie, il est fort interessant de recueillir leurs impressions de leur premier contact réel avec notre culture. D’abord un petit topo de leur séjour:  

 

Jour 1: arrivée plus que mouvementée en Tunisie. Alors qu’au Consulat de Tunisie à Madrid on m’avait informé que les dominicains n’avaient pas besoin de visa pour séjourner en Tunisie, voila que le responsable de la police de l’aeroport de Tunis-Carthage leur refuse l’entrée sur le territoire pour ne pas être munis du dit visa...aprés 4 heures de négociations et 40 dinars pour des visas provisoires, celui-ci me dit avec une assurance déconcertante que le Consul n’y savait rien (aprés verification personnelle, c’est le Consul qui avait raison). Fatigués et content de retrouver la voiture au parking, voila que la porte de mon vehicule a été fracturée et que l’on m’a volé tous les papiers....5 heures au poste de police pour faire la déclaration de vol et pour me faire remettre les papiers retrouvés chez les malfaiteurs arrétés...Bienvenue en Tunisie cousins dominicains, sur que vous allez faire beaucoup de publicité pour que vos concitoyens visitent mon cher pays.  

 

Jour 2: les esprits se sont calmés, et devant la beauté de Sidi Bou Saïd et les vestiges de Carthage, mes invités semblent avoir oublié les mésaventures de la veille. En plus le soir c’est un grand diner famillial pour leur souhaiter la bienvenue avec un chevreau au four…quand l’estomac va…tout va!  

 

Jour 3: visite de la Medina...et là je me rend compte combien la culture sud-américaine est contaminée par celle du voisin tout puissant nord-américain: j’ai beau leur faire visiter des palais de la médina ou les mosquées, ils ne semblent interessés que par le shopping, pas une boutique des souks ne leur échappe...buy or die... 

Dans la soirée je les invite á la RTCI où j’anime le programme en langue espagnole pendant le mois d’Aout: un moment magique oú ils nous parlent de l’origine des musiques des caraïbes...tout le studio 1 est rendu à leur bonne humeur et à la super playlist qu’ils avaient préparer pour l’occasion.  

 

Jour 3: départ pour Kelibia, où nous passons la journée et la nuit, parties de volley-ball sur la plage, ils y font aussi sensation, des matchs Kelibia/Sto Domingo se succèdent, le courant passe super bien et je me rend compte que les peuples du soleil n’ont pas besoins de parler la même langue pour partager la même bonne humeur. Le soir la traditionnelle chicha et jus de fraise au café du fort. Ils ont apprécié le séjour à la plage mais j’ai comme l’impression que cela manquait un peu de shopping pour eux. 

 

Jour 4: départ vers Hammamet et Sousse: là ils en restent la bouche ouverte: Yasmine Hammamet et la boite Bora Bora resteront pour eux les moments forts de leur séjour… la marina remplie de "veyyesa" et la boite de nuit avec des srtipteaseuses enfermées dans des cages au dessus de la piste et pour couronner le tout le fils de Kaddafi avec deux superbes blondasses comme voisins de loge...tout ce que je méprise de mon pays les impressionne énormément…en tout cas bravo pour nos promoteurs du tourisme tunisien, ils ont tout compris des gouts des touristes. 

 

Jour 5: Monastir…enfin un interêt culturel pour nos invités des caraïbes: ils sont fort impressionés par le mausolé de Bourguiba qui brille de tous feux, et ils ne peuvent s’empécher de m’avouer:”ont pensait que toute la Tunisie était comme ça (au niveau de l’architecture)”...mieux vaut que je me taise et offrir un joli sourire hypocrite à mes invités….départ pour El Jem: ils sont impressionnés par le Colisée…qu’ils visitent en 15 minutes…le même temps qui leur faut pour la visite de chaque boutique du souk….faut croire que l’interêt d’un américain ne peut pas s’attarder plus de temps sur un même sujet, aprés quoi il zappe….il a besoins d’une pause pub…retour vers Tunis… 

 

Jour 6: visite du Palais du Baron D’Erlanger: ils adorent: “ont dirait le palais des milles et une nuits”…toujours des réferences WaltDisneyennes…pas une question sur l’origine de cette architecture ni sur qui es ce putain de Baron….pas grave, l’important c’est qu’ils ai aimé. Direction la Cathédrale Didon. “il est oú le Christ, pourquoi n’y a-il pas de crucifix ?”, c’est dur de se détacher des symboles, je comprend maintenant mieux porquoi les représentations humaines et les idoles sont interdites dans notre religion, ça en fait oublier Dieu...mais ils aiment beaucoup la Cathédrale, c’est l’essentiel....l’aprés midi ils me demandent de les accompagner à une zone commerciale pour faire du shopping...chasse le naturel et il revient au galop....Ah mes amis vous voulez dépenser ?? c’est parti pour Carrefour et le Lac Palace....Ils sont dans leur milieu et la carte Visa peu enfin servir à quelque chose....  

Le soir on organise une méga teuf pour les adieux, un DJ nous fait un mix latino qui met le feu à la soirée, nos dominicains n’en reviennent pas du délire ambiant, ils sont heureux et s’amusent comme des fous quand le DJ met de la musique arabe et que les meufs se mettent à danser du ventre...je suis content ils passent une bonne soirée.  

 

Jour 7: c’est le départ, on prend un petit déjeuner ensemble, on part pour l’aéroport…1h30 de retard…pas grave on papote…au moment de l’embarquement qui se pointe? vous avez donné dans le mil: le policier qui aime tant les visas, il se dirige vers moi (mes dominicains palissent) et me lance: “je me suis renseigné (c’est bien pour un policier ;-) et je te confirme qu’il leur fallait un visa...mieux vaut ne pas vexer un policier pendant l’exercice de ses fonctions, mais j’ai une envie de lui dire.....une autre fois peut-être.

 

Voila, mes dominicains sont partis vers Paris pour une visite de 3 jours...je pense que ça va leur plaire: La Samaritaine, Les Galeries Lafayette, Séfora, BHV...maintenant je comprend mieux pourquoi Paris attire tant les américains...In Gold We Trust !  

 

Quand à moi je suis exténué, je passe 2 jours à dormir pour récupérer, et je me demande dans mon sommeil le plus profond, qu’est-ce que mes dominicains auront préferé de la culture arabo-musulmane et de mon pays: les nanas à poil dans des cages ou les boutiques du Lac Palace ?? 

Hasta la proxima amig@s.......

 

 

 

 

 

 
Par Ben Mustapha - Publié dans : Le Monde d' Iskander
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Mardi 19 juillet 2005
    
 Comme vous l’a annoncé Adib sur son blog, je vous confirme que durant le mois d’Aout j’animerai une émission hebdomadaire sur la musique des Caraïbes sur RTCI.. Je mettrai a contribution notre cher véterinaire du Cap Bon comme spécialiste de la musique Latino en Tunisie, il nous présentera les endroits ou cette musique est écoutée et dansée dans notre pays, ainsi que des interviews de DJ’s et professeurs de danse. A ne rater sous aucun pretexte: Merengue, Bachata et autres Reggeaton seront le menu de ces émissions. Le concept est de reprendre des titres à succés dans notre pays (La Pasión, La Gasolina, Suavemente....) et à partir de cette base présenter et expliquer l’histoire de ces styles musicaux, leurs origines et les groupes à la mode en ce moments en Amerique Latine et les nouvelles tendances. L’émission s’appellera RADIO CARIBE et le jingle sera quelque chose comme: “Une fois par semaine RTCI devient RADIO CARIBE”. En plus j’aurai le plaisir de recevoir des amis de République Dominicaine pendant le mois d’Aout en Tunisie, et je vais les inviter sur le plateau pour nous parler de ces rythmes qui font danser toute la planete depuis quelques années. Restez à l’écoute, il y aura beaucoup de surprises.

 

 

 

 

Hasta Pronto
Par Ben Mustapha - Publié dans : Le Monde d' Iskander
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Mardi 12 juillet 2005
   


  Voila 14 ans que je vis loins de chez moi....de ma chère Tunisie. J’en reviens justement (d’où mon abscence prolongée sur mon blog). J’ai du partir en catastrophe aprés un appel de mon frère m’annonçant que mon père venait de souffrir un malaise cardiaque. Grace a Dieu il s’en ai sorti. Pourquoi je vous parle de ça ? Tout simplement parceque c’est la première fois que je pense sérieusement à rentrer au bercail.

Je viens de prendre conscience que vivre loins de chez soi peut avoir le désavantage de ne pas avoir le temps de dire aurevoir à ses etres chers si par malheur Dieu décide de les rappeler. Dilemne de conscience....Faut dire que je me plait vraiment en Espagne, mais cet épisode m’a fait beaucoup réflechir. J’en ai parlé à des amis en Tunisie, tous me déconseillent de rentrer: “ici c’est devenu tres dur au niveau boulot, en plus la famille te laisse jamais tranquille, ils se mettent tous dans ta vie privée, la-bas tu es tranquille et la vie est plus confortable et aprés tout tu n'es qu'à 2h d'avion de Tunis....”.

D’autre part il y a des fois quand je passes par des moments de blues, j’aimerais bien pouvoir parler de choses qui me manquent de la Tunisie sans devoir tout expliquer, de pouvoir dire “touhhacht shan Mloukhiyya” sans devoir expliquer (et d’ailleurs j’en serais absolument incapable) comment se prepare ce plat et surtout trouver le nom de cette plante en espagnol....A cela vient s’ajouter une envie de plus en plus obsessionnelle d’avoir un enfant....et donc se pose l’éternel problème de l’émigré: comment l’appeler (trouver un nom qui colle pour l’Espagne et la Tunisie), comment l’éduquer sans qu’il perde son identité, comment lui faire aimer son pays d’origine tout en etant bien intégré en Espagne, comment faire pour lui trouver une bonne nounou vu que l’on ne peut pas compter sur la famille.....Comme vous voyez je suis dans un moment de remise en question plutot délicat....

A dire vrai, je me suis installé en Espagne pour résoudre une partie de ces problèmes. Ayant toujours vécu entre la Tunisie et la France (je suis né de père tunisien et de mère française), j’ai toujours eu la facheuse habitude de vouloir être en Tunisie quand j’étais en France et vice versa. Quand j’étais à Paris (j’y ai fais toutes mes études primaires et universitaires, le secondaire en Tunisie), la Tunisie me manquait cruellement pour sa chaleure humaine, la famille, le beau temps, le café des nattes, les soirées interminables ou l’ont refait le monde entre poignées de glibettes et cacahuetes....Quand j’etais en Tunisie c’est Paris qui me manquait pour ses cinemas (j’adore le cinema, je suis capable d’y aller tous les jours), les promenades interminables dans les rues de cette ville magnifique, pour son anonymat (on en manque cruellent en Tunisie), sa vie culturelle, ses restos, ses cafés, ses boites, la fnac, rencontrer des gens de divers horizons, les voyages à prix cassés pour decouvrir le monde.....Et un jour je suis justement parti découvrir l’Espagne ....coup de foudre immédiat, surtout aprés avoir visité l’Andalousie...j’y ai trouvé un juste mélange de mes deux pays. Voila maintenant 5 ans que je vis à Madrid, j’y suis vraiment trés bien, mais l’épisode récent de mon père me fait une fois de plus reconsidérer ma vie...Dois-je rentrer au bercail ? Peut-on refaire sa vie en Tunisie à 32 ans ?  

 

 

Voila à quoi je penses toutes les nuits depuis une semaine....Mon blog devait en témoiger. Donc tous vos conseils seront un soulagement.  

A vous tous...et longue vie au nouveau né: Maghreb Free Spirit

Hasta muy pronto amigas y amigos mios 

 

Par Ben Mustapha - Publié dans : Iskander Parle De l'Espagne
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Mardi 28 juin 2005

    
Comment vous parler de ma vie en Espagne et plus particulièrement à Madrid sans dédier une chronique aux attentats du 11 mars 2004. Je n’aborderai pas le terrain géopolitique parcequ’il nous dépasse (on a tous une opinion plus ou moins différente, mais la vérité Dieu seul la sait, il y a trop de manipulations sur ce sujet), je  me concentrerai donc sur un témoignage d’un tunisien qui a vécu ces terribles événements au coeur du drame.
 
Ce matin là, j’arrivai tranquillement au boulot en voiture, tout était normal. J’avais passé toute la route à écouter le dernier album de Compay Segundo... ahhh celui là il a le don de mettre de bonne humeur de bon matin. J’arrive donc sifflotant des airs de Son cubain et ça me rendais nostalgique des Caraïbes (ma femme est d’origine Dominicaine, donc je connais bien cette région). Une fois installé à mon bureau, une collègue m’annonce qu’il y a eu plusieures explosions à la gare d’Atocha mais qu’il n’y avait pas encore de chiffres de victimes…et surtout aucune revendication. Mon sang ne fais qu’un tour: merde....un attentat de ETA (ici on est habitué à ce que se soit eux) à 7:30 dans cette gare où convergent plusieurs lignes de métro, de trains de banlieues et de grandes lignes (c’est un peu comme la station de Châtelet Les Halles pour ceux qui connaissent Paris)....ça risque d’être grave. Je saute sur mon mobile et j’appelle ma femme: elle est même pas au courant. Je lui demande d’appeler illico ses parents (il y a à peine 2 mois que nous avions déménager, et nous habitions a deux pas de cette gare) pour leur dire que nous allions bien...sans trop comprendre pourquoi je m’alarme, elle s’exécute. Eux non plus ne savaient pas (par la suite ils louèrent Dieu de cet appel). Je m’empresse de faire la même chose et je préviens les miens.  
Je me connecte tout de suite à Internet et ouvre la page d’ El Pais, on annonce des explosions mais rien de plus, trop tôt pour des chiffres ou images. Pour ma part je sentais que l’on allait être témoins d’une catastrophe humaine: avant de déménager, je prenais le train dans cette gare tous les matins à cette heure bien précise pour aller bosser, et je sais la quantité de gens qu’il y à cette heure matinale.
Les minutes passent et les chiffres commencent à tomber: 20 morts, puis 40, puis 100…des images horribles apparaissent sur Internet….la panique s’empare de mon lieu de travail, tout le monde connait quelqu’un qui empreinte cette gare…les lignes téléphoniques sont encombrées….je n’oublierais jamais les visages livides et désemparés de mes collègues n’arrivant pas à joindre leurs proches.

J’ai déjà vécu des attentats à Madrid, j’ai toujours été étonné du sang froid avec lequel les madrilènes, résignés, réagissent. Mais là tout le monde commence à prendre conscience de la magnitude du drame….le bruit court: 200 morts….on s’affole autour de moi….une avalanche de photos s’affichent sur tous les ordinateurs…j’en ai la chaire de poule rien que de m’en rappeler. Première intervention du Ministre de l’Intérieur de l’époque: Miguel Angel Acebes désigne ETA comme auteur des attentats et le chiffre tombe comme un couperet: plus de 230 morts. Etat de choc en Espagne. Les rumeurs commencent à circuler de toutes parts. Ma femme me rappelle en pleurs: une de ces collègues viens d’apprendre la mort d’un parent, c’est l’hystérie. 
Quelques minutes passent et nouvelle intervention en direct sur toutes les radios: Arnaldo Otegui, le représentant du parti séparatiste Basque “Batasuna”, soupçonné d’être proche du groupe armé ETA: démenti formel, ETA n’est pas à l’origine des explosions et il désigne le terrorisme Islamique comme auteur des attentas. Et là c’est  moi qui commence à paniquer: merde si c’est des arabes qui sont les auteurs de cette atrocité, des jours difficiles s’annoncent pour notre communauté. 
Pour le moment personne ne donne d’importance aux déclarations d’ Otegui, aux yeux des madrilènes c’est lui même un terroriste, et en plus les autorités enchaînent les conférences de presse affirmant sans équivoque qu’il s’agit de l’ETA.

24 heures passent, le pays est en deuil, je participe avec ma femme à la Méga manifestation sous la pluie...un moment d’émotion inoubliable. Un silence absolu, une foule incalculable et le seul bruit de la pluie qui s’abat sur les parapluies, Madrid pleure ses morts. J’en ai les larmes aux yeux....pas de haine, pas de cris, pas de bousculades....seulement une marche funèbre à la mémoire de ces madrilènes de toutes origines qui allaient de manière routinière a leur lieu de travail et qui furent happés par la mort.... Madrid se réveille dans l’horreur.

Durant la soirée la thèse Al Quaeda se confirme, bien qu’elle ne soit pas encore officielle. Je n’ai jamais eu autant de mal à aller au boulot. Fini Compay Segundo, j’écoute les infos jusqu’à arriver au boulot. Comment vont réagir mes collègues ? Ça me hante. Comment répondre si on me demande des explications sur les motifs de ces extrémistes ? J’ai mal au ventre...
Je rentre dans mon bureau, tout le monde a l’air résigné, tout le monde parle de la thèse du terrorisme islamique. Je participe à la discussion et je fais part de mes inquiétudes, on me répond a l’unisson:

-“mais voyons Iskander, ne t’inquiètes pas, on est pas stupides, on sait que tu n’as rien à voir avec ces malades. Ici cela fait des années que ETA tue, c’est pas pour autant que l’on rejette ou violente les Basques en général, on est capable de faire la part des choses. Ici c'est pas l'Amérique profonde"
- Je réponds: “ oui mais vous, vous me connaissez, que dire de mes voisins, de la boulangère, de l’épicier et surtout de la situation de la communauté maghrébine en Espagne...il y aura des débordements c’est sur....”
-“n’en soit pas si sur....nous les espagnols on est sortit plusieurs fois dans la rue l’année dernière pour crier haut et fort à notre gouvernement de ne pas participer à cette agression sur l’Irak, pour ne pas suivre ce fou de Bush, on savait que ce genre d’attentat pouvait arriver si on attaquait sans raison un peuple innocent.”

Je peux vous dire que ces paroles m’ont profondément émues, et sont gravées dans ma mémoire. Je dis souvent que les espagnols ne sont pas très cultivés, mais ils m’ont donné une démonstration de civisme. Alors j’espère ne pas voir de commentaires sur mon blog dans le style: “et les morts en Irak, qui les pleurent, et ceux de Palestine....” car ça n’est pas le sujet de ce post. C’est seulement le témoignage d’un drame humain vécu par un être humain. Il n’y a pas de hiérarchie dans l’horreur et l’assassinat de gens innocents.

Les jours suivants ont confirmé ce que l’on sait tous aujourd’hui. Le gouvernement de Aznar a sauté pour les raisons que l’ont sait: les espagnols s’en sont pris à un gouvernement qui les a mené vers une guerre qui n’était pas la leur et ils ont du en payer dans leur chaire les conséquences. Et je peux vous assurer que je ne me suis jamais senti visé, ni moi, ni ma femme ni mes amis arabes. Il y avait parfois des regards inquiets ou de colère quand je parlais arabe dans des lieux publics (qui pourrait les accuser ?) mais rien de plus. La communauté musulmane a été très active et a manifesté en solidarité avec les victimes à plusieurs reprises. Les autorités ont énormément communiqué pour éviter les amalgames. Et moi je me suis senti fier d’être arabe, musulman et Madrilène.
 
Te Quiero Madrid...

Par Ben Mustapha - Publié dans : Iskander Parle De l'Espagne
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Dimanche 26 juin 2005

 

  
M
e voilà de retour, désolé pour cette longue abscence (en tout cas pour moi elle l’a été) due à un voyage en France non programmé.

  En réponse a Zizou de Djerba (un fidéle de chez les fidèles ;-) je vais vous parler aujourd´hui des rapports du genre espagnol. 

  Il faut d’abord préciser que le mode de vie varie énormément suivant les génerations, chose compréhensible sachant les grandes mutations de la société espagnole depuis la mort de Franco (1975). La seule invariable c’est qu’on a l’habitude de beaucoup sortir, de vivre une grande partie de la journée en dehors du foyer. J’en ai encore plus pris conscience lors de mon récent voyage en France (oú je nétais pas retourné depuis plus de 2 ans). J’ai parcouru la moitié de l’hexagone en autobus, et tous les villages que j’ai traversé offraient le même panorama: des rue vides. Ici en Espagne c’est inconcevable, les rues grouillent de gens de tous les ages....sauf en été à l´heure de la sieste bien sur (avec 40ª à l’hombre on les comprend).

 Les espagnols qui ont connu la période du franquisme ont des valeures assez (pour ne pas dire franchement) traditionnalistes, mais ne s’offusquent pas du comportement  plus libertin des jeunes. Chose qui m’a vraiment surpris lors de mes premiers temps en Espagne, c’est de voir des vieux veiller jusqu´à des heures trés tardives dans des bars, terrasses ou autres dancings. Quand je dis tard, c’est franchement tard. Ils profitent de la vie jusqu’au dernier moment, ils ont bien raison. Et ce que je trouve merveilleux, c’est que ça ne les empèchent pas d’aller a l’Eglise tous les Dimanche, ils sont trés bigots. Ici quand les cloches de la messe sonnent, il ‘y a plus de place dans l’Eglise. Un autre rendez-vous qu’ils ne ratent sous aucuns pretexte c’est la Feria de San Isidro (San Isidro c’est le Saint Patron de Madrid, comme Sidi Mehrez pour notre chère Tunis): la corrida de Toros. Sans trop m’étaler sur la corrida (j’en ferai un thème à part, elle le merite bien), c’est un événement sacré pour cette génération d’espagnols.

Les jeunes de ma géneration (bien que je commence à devenir un vieux con à mon tour), la trentaine quoi, sont beaucoup moins religieux, mais respectent la foi de leurs parents sans trop la critiquer. Ils sont pratiquement tous baptisés et participent avec un plaisir non dissimulé aux nombreuses fêtes religieuses (et je peux vous assurer qu’il y en a un nombre incalculable, Jesus aurais pu être espagnol ;-), qui sont toujours une bonne occasion pour trinquer en famille et se taper une bonne bouffe. Par contre la messe c’est pas trop leur tasse de “cerveza”. Les rapports entre femmes et hommes adultes est trés surprenant, il est trés courant de voir des hordes de filles sortir en groupe de leur coté, et les mecs du leur. Par contre c’est un trés mauvais plan drague, en géneral lorsque les filles sortent ensemble c’est justement pour partager un moment entre filles, et les mecs n’y sont pas vraiment les bienvenus (l’inverse n’est pas toujours respecté, “machos ibericos” oblige !!), donc pas besoins d’y voir une aubaine, au risque de se faire jeter et ridiculiser en public. Et je vous assure que pour un célibataire étranger c’est vachement frustrant ;-)

 Parlons d’un sujet sensible: les drogues. En Espagne c’est un vrai fléau, il est choquant de voir que tous se vend (du cannabis en passant par les extasis et autres heroines...) de manière totalement décontrolée. C’est flippant de voir que dès l’adolescence tout est disponible au coins de la rue. C’est un vrai problème de société ici et les pouvoirs publics sont plus que débordés. Donc la nuit Madrilène peut être fascinante mais elle est aussi dangereuse pour les jeunes. 

 

  L’adolescence espagnole est trés deshinnibée, plutot atée et anti corrida. Il n’est pas rare de voir des enfants de 14 ans en groupe participant au Botellón (voir article précédent), aller en boite l’aprés midi et continuer a déambuler trés tard dans les rues. Les parents ont trés peu d’emprise sur eux, ils sont totalement dépassés, les choses sont allé trop vite en 25 ans depuis le “tout interdit” de l’époque franquiste. D’ailleurs si les parents n’osent pas interdire à leurs enfants c’est en grande partie parceque on leur a trop interdit a eux pendant leur jeunesse, le problème c’est que les limites ne sont pas clairement établies, ni par eux ni par la société, d’oú les débordements avec l’alcool et les drogues entre autres. Les pratiques sexuelles sont aussi bien plus libres chez les adolescents que chez les génerations antérieures. Il y a d’ailleurs un boom de l’homosexualité en Espagne (le cinema d’Almodovar en témoigne bien)  qui est à l’origine d’ailleurs de calculs politiques. Ici tout le monde sait que toute la communauté gay a voté pour Zapatero aux dernières élections car ce dernier avait promis de légaliser le mariage civil gay (trés grand sujet de polémique dans cette société profondement catholique), ce qu’il s’est empressé de faire quelques mois apés sa victoire électorale.

  Ce pays est passé en moins de 30 ans d’une dictature fasciste coupée du monde, à une démocratie européenne membre de l'UE vivant l’afflux d’immigration et donc de cultures totalement inconnues sur leur sol (il y a quelques annés l’Esagne était plutot un pays de forte émigration vers les pays du nord et d’amérique latine). Vous pouvez donc apprécier que les différentes génerations d’espagnols ont eu un vécu totalement différent et vivent dans des mondes éloignés à des années lumières. C’est ce qui fait la richesse de cette population, et en tant qu’étranger de pouvoir vivre en direct une histoire contemporaine qui a changé du tout au tout en 25 ans.  Cette société est en pleine remise en question de soi même et à la recherche d’une identité et de valeurs.

  Fin de l’episode. 

J’ai décidé lors de mon prochain article de vous raconter une expérience à la fois douloureuse et qui m’a beaucoup rapprocher des espagnols: comment un tunisien comme moi a vécu la période des attentats du 11 mars 2004 à Madrid.
Par Ben Mustapha - Publié dans : Iskander Parle De l'Espagne
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