J’ai déjà vécu des attentats à Madrid, j’ai toujours été étonné du sang froid avec lequel les madrilènes, résignés, réagissent. Mais là tout le monde commence à prendre conscience de la magnitude du drame….le bruit court: 200 morts….on s’affole autour de moi….une avalanche de photos s’affichent sur tous les ordinateurs…j’en ai la chaire de poule rien que de m’en rappeler. Première intervention du Ministre de l’Intérieur de l’époque: Miguel Angel Acebes désigne ETA comme auteur des attentats et le chiffre tombe comme un couperet: plus de 230 morts. Etat de choc en Espagne. Les rumeurs commencent à circuler de toutes parts. Ma femme me rappelle en pleurs: une de ces collègues viens d’apprendre la mort d’un parent, c’est l’hystérie. 24 heures passent, le pays est en deuil, je participe avec ma femme à la Méga manifestation sous la pluie...un moment d’émotion inoubliable. Un silence absolu, une foule incalculable et le seul bruit de la pluie qui s’abat sur les parapluies, Madrid pleure ses morts. J’en ai les larmes aux yeux....pas de haine, pas de cris, pas de bousculades....seulement une marche funèbre à la mémoire de ces madrilènes de toutes origines qui allaient de manière routinière a leur lieu de travail et qui furent happés par la mort.... Madrid se réveille dans l’horreur. Durant la soirée la thèse Al Quaeda se confirme, bien qu’elle ne soit pas encore officielle. Je n’ai jamais eu autant de mal à aller au boulot. Fini Compay Segundo, j’écoute les infos jusqu’à arriver au boulot. Comment vont réagir mes collègues ? Ça me hante. Comment répondre si on me demande des explications sur les motifs de ces extrémistes ? J’ai mal au ventre... -“mais voyons Iskander, ne t’inquiètes pas, on est pas stupides, on sait que tu n’as rien à voir avec ces malades. Ici cela fait des années que ETA tue, c’est pas pour autant que l’on rejette ou violente les Basques en général, on est capable de faire la part des choses. Ici c'est pas l'Amérique profonde" Je peux vous dire que ces paroles m’ont profondément émues, et sont gravées dans ma mémoire. Je dis souvent que les espagnols ne sont pas très cultivés, mais ils m’ont donné une démonstration de civisme. Alors j’espère ne pas voir de commentaires sur mon blog dans le style: “et les morts en Irak, qui les pleurent, et ceux de Palestine....” car ça n’est pas le sujet de ce post. C’est seulement le témoignage d’un drame humain vécu par un être humain. Il n’y a pas de hiérarchie dans l’horreur et l’assassinat de gens innocents. Les jours suivants ont confirmé ce que l’on sait tous aujourd’hui. Le gouvernement de Aznar a sauté pour les raisons que l’ont sait: les espagnols s’en sont pris à un gouvernement qui les a mené vers une guerre qui n’était pas la leur et ils ont du en payer dans leur chaire les conséquences. Et je peux vous assurer que je ne me suis jamais senti visé, ni moi, ni ma femme ni mes amis arabes. Il y avait parfois des regards inquiets ou de colère quand je parlais arabe dans des lieux publics (qui pourrait les accuser ?) mais rien de plus. La communauté musulmane a été très active et a manifesté en solidarité avec les victimes à plusieurs reprises. Les autorités ont énormément communiqué pour éviter les amalgames. Et moi je me suis senti fier d’être arabe, musulman et Madrilène.
Comment vous parler de ma vie en Espagne et plus particulièrement à Madrid sans dédier une chronique aux attentats du 11 mars 2004. Je n’aborderai pas le terrain géopolitique parcequ’il nous dépasse (on a tous une opinion plus ou moins différente, mais la vérité Dieu seul la sait, il y a trop de manipulations sur ce sujet), je me concentrerai donc sur un témoignage d’un tunisien qui a vécu ces terribles événements au coeur du drame.
Ce matin là, j’arrivai tranquillement au boulot en voiture, tout était normal. J’avais passé toute la route à écouter le dernier album de Compay Segundo... ahhh celui là il a le don de mettre de bonne humeur de bon matin. J’arrive donc sifflotant des airs de Son cubain et ça me rendais nostalgique des Caraïbes (ma femme est d’origine Dominicaine, donc je connais bien cette région). Une fois installé à mon bureau, une collègue m’annonce qu’il y a eu plusieures explosions à la gare d’Atocha mais qu’il n’y avait pas encore de chiffres de victimes…et surtout aucune revendication. Mon sang ne fais qu’un tour: merde....un attentat de ETA (ici on est habitué à ce que se soit eux) à 7:30 dans cette gare où convergent plusieurs lignes de métro, de trains de banlieues et de grandes lignes (c’est un peu comme la station de Châtelet Les Halles pour ceux qui connaissent Paris)....ça risque d’être grave. Je saute sur mon mobile et j’appelle ma femme: elle est même pas au courant. Je lui demande d’appeler illico ses parents (il y a à peine 2 mois que nous avions déménager, et nous habitions a deux pas de cette gare) pour leur dire que nous allions bien...sans trop comprendre pourquoi je m’alarme, elle s’exécute. Eux non plus ne savaient pas (par la suite ils louèrent Dieu de cet appel). Je m’empresse de faire la même chose et je préviens les miens.
Je me connecte tout de suite à Internet et ouvre la page d’ El Pais, on annonce des explosions mais rien de plus, trop tôt pour des chiffres ou images. Pour ma part je sentais que l’on allait être témoins d’une catastrophe humaine: avant de déménager, je prenais le train dans cette gare tous les matins à cette heure bien précise pour aller bosser, et je sais la quantité de gens qu’il y à cette heure matinale.
Les minutes passent et les chiffres commencent à tomber: 20 morts, puis 40, puis 100…des images horribles apparaissent sur Internet….la panique s’empare de mon lieu de travail, tout le monde connait quelqu’un qui empreinte cette gare…les lignes téléphoniques sont encombrées….je n’oublierais jamais les visages livides et désemparés de mes collègues n’arrivant pas à joindre leurs proches.
Quelques minutes passent et nouvelle intervention en direct sur toutes les radios: Arnaldo Otegui, le représentant du parti séparatiste Basque “Batasuna”, soupçonné d’être proche du groupe armé ETA: démenti formel, ETA n’est pas à l’origine des explosions et il désigne le terrorisme Islamique comme auteur des attentas. Et là c’est moi qui commence à paniquer: merde si c’est des arabes qui sont les auteurs de cette atrocité, des jours difficiles s’annoncent pour notre communauté.
Pour le moment personne ne donne d’importance aux déclarations d’ Otegui, aux yeux des madrilènes c’est lui même un terroriste, et en plus les autorités enchaînent les conférences de presse affirmant sans équivoque qu’il s’agit de l’ETA.
Je rentre dans mon bureau, tout le monde a l’air résigné, tout le monde parle de la thèse du terrorisme islamique. Je participe à la discussion et je fais part de mes inquiétudes, on me répond a l’unisson:
- Je réponds: “ oui mais vous, vous me connaissez, que dire de mes voisins, de la boulangère, de l’épicier et surtout de la situation de la communauté maghrébine en Espagne...il y aura des débordements c’est sur....”
-“n’en soit pas si sur....nous les espagnols on est sortit plusieurs fois dans la rue l’année dernière pour crier haut et fort à notre gouvernement de ne pas participer à cette agression sur l’Irak, pour ne pas suivre ce fou de Bush, on savait que ce genre d’attentat pouvait arriver si on attaquait sans raison un peuple innocent.”
Te Quiero Madrid...
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1- Moi Momo... Né Dans le 9-3
2- Te Quiero
Madrid
3- Un Mariage Pas
Comme
Les Autres
4- "Moros y Cristianos"
ou
Les Arabes Vus Par Les Espagnols
5- Un Petit Coup De
Gueule
6- Spanish Way Of
Life
7- I'm a Legal Alien In
Madrid
8- Régionalismes:
l’Opium
Du Peuple Espagnol
9- Mon Joyeux
Anniversaire
10- A Tunisian Man In
Madrid
Part II
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