Iskander Parle De l'Espagne

Vendredi 10 juin 2005

 

    
A
la demande d’un certain Zizou de Djerba (voir rubrique A Voir Absolument: Un Djerbien....) j’inaugure une série de témoignages et de réflexions sur ma vie en Espagne et sur ce trés beau pays peuplé d’Ibères, de marocains et de sud américains essentiellement...sans oublier ces sacrés chinois.

 Je commencerai par une petite explication sur ma présence en cette terre hispanique. Cela remonte à 1998, je visitais pour la première fois Madrid. Je me rappelle avoir bien aimé sans plus, plus l’ambiance trés festive que la ville en soit. Le véritable déclic s’est produit lors de ma visite á Grenade l’année suivante. Lá mes chers Ami(e)s ce fut grandiose, je fut irradié par cette ville hors normes. Ceux qui me connaissent bien et qui ont voyagé avec moi dans cette cité savent exactement de quoi je parle. En quelques heures je pris la décision de venir vivre quelques temps en Espagne, terres de surprises et de rencontres...aussi avec notre passé.

 L’Espagne est un pays trés particulier, tant il est dur de le décrire comme un seul pays. Je dirais que ce sont plusieurs pays, cultures et peuples qui coexistent tant bien que mal sur une même peninsule. Les rivalités footballistiques entre clubs en est une image bien fidèle (j’en ai souvent parlé sur RTCI), et le désinteret quasi general envers l’équipe nationale l’expression la plus concrète. De Castille à l'Andalousie, de la Galice à la Catalogne, du Pays Basque à l’Extremadure...autant de régions si différentes, de langues vivantes, d’arts culinaires....et de filles bien sur (les plus belles sont sans l’ombre d’un doute les andalouses en général et les cordobiennes en particulier ;-)). D’ailleurs pour la petite histoire, ici on ne dit pas que l’on parle l’espagnol, cette langue n’existe pas, on parle le “Castellano” (le castillan), car ce que nous étrangers, nous apprenons comme l’espagnol est en fait la langue de Castille qui a été choisie comme langue nationale et imposée a l’ensemble du pays, d’où la rencoeur de toute l’Espagne envers Madrid (le centre de la Castille).

 L’Espagnol est un bon vivant, de 10 à 90 ans, pas trés cultivé, ne sachant aucune langue étrangère, un peu ronchon et trés bon enfant et acceuillant dés que l’on parle sa langue.....et surtout bonne fourchette. La fameuse culture des “tapas” est la seule chose qui unie tous les espagnols, et je dois dire que “la tapa” est tout un art de vivre. Déguster d’excellent produits du terroir sur une terrase jusqu’à des heures trés avancées de la nuit est une pratique généralisée ici, surtout du printemps jusqu’à la fin de l’automne. C’est bon et trés bon marché. Vous aurez compris que l’Espagne n’est pas un endroit indiqué pour faire un régime.

 Le plus agréable reste l’ambiance nocturne, ici on fait la fète comme nulle part (on appelle ça “la Marcha”), et de 10 à 90 ans je je l’ai dit, mais ça c’est une autre histoire que je raconterai lors d’un prochain article si vous insistez ;-))))

Voila, je conclue ce premier témoignage….à la prochaine…restez bloggué ;-)))
Par Ben Mustapha
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Lundi 13 juin 2005

    
D
’abord je voudrais rassurer Manal, OUI je suis madridista ¡¡¡ de pura sangre !!!

 Ensuite un merci à toutes et à tous pour vos commentaires et encouragements, donc je ne vais pas me faire prier et je vais continuer mes élucubrations....

 Aujourd’hui je vais parler de ma ville; Madrid….fondée par les Arabes et baptisée “Majrid” (à l’époque c’était une zone marécageuse), le temps et les civilisations lui ont donné le nom actuel de Madrid. Trés peu de madrilènes connaissent l’origine du nom de leur ville, quand ils apprennent qu’elle est Arabe ils en ont les yeux tout écarquillés, et si vous voulez leur en foutre encore plus sur la gueule, dites leur que Zidane est algérien. Ça peut vous faire marrer mais je suis trés sérieux, ils ne savent pas que leur Grand Zizou est un magrebin, pour eux il est français un point c’est tout. Quand je disais que les espagnols ne sont pas trés cultivés je ne rigolais pas, et encore c’est pas le pire.... vous aurez l’occasion de vous en rendre compte si vous etes fidèles à cette chronique.

Madrid est la capitale (ça tout le monde le sais Skan...tu déconnes....) des services (ahhh tu nous as fais peur...on est pas des illétrés quand même...), toutes les banques et assurances du pays ont leur siège ici. Barcelone, la rivale, est elle la capitale industrielle.

 

 Située sur un plateau de 700 mètres d’altitude (la Castille), l’hiver y est franchement froid (mais court) et l’été franchement invivable (trop long). Il y a un dicton ici qui dit: “ tres meses de invierno y nueve meses de infierno” (3 mois d’hiver et 9 mois d’enfer); vous aurez compris que les inter-saisons n’existent pas. Ce qui fait du madrilène un bonhomme pas trés haut sur pattes et aussi changeant que son climat, il monte trés vite en température et à la vue d’une bonne cerveza (bière) bien fraiche, aussitot il devient des plus conciliables. La bière ici c’est comme le thé vert chez nous, on en boit plus que de l’eau. Si le madrilène ingurgite une quantité invraisemblable de bière, celle-ci reste néanmoins d’une qualité trés moyenne (c’est ce que l’ont m’a dit, vous vous imaginez quand même pas que je m’adonne à ce péché quand même....non ??). D’ailleurs les normes européennes de contrôle d’alcoolémie restent ici des normes non appliquées. Voyez vous même: la limite c’est 2 verres pour ne pas dépasser le seuil de tolérence légal et un espagnol boit a peu prés une demi bouteille de vin à table, sans compter les bières de l’appéritif. Vous voyez bien que la loi est inapplicable. Même les jeunes ne se gènent pas, je parle des trés jeunes (à partir de 14 ans). Le weekend ils se donnent tous rendez-vous sur des places publiques, déballent des sacs plastiques remplis de bouteilles d’alcools de tous genres et de sodas achetés chez l’incontournable épicier chinois (qui propose des offres sur la vitrine: pour 2 bouteilles de whisky achetées, 1 offerte...allucinant!!), et se bourrent la gueule allègrement avant d’aller en boite (ça revient moins cher que de consommer à l’intérieur...pas fous les ibères!): ce phénomène s’appelle le BOTELLóN.

 Autre particularité: les boites de nuit (même les plus prestigieuses) ouvrent pour les mineurs de 16h à 20h (sans vente d’alcool)....ALLUCINANT je vous dit...donc pas besoins d’attendre la majorité pour se dépraver !!. Mais le plus surprenant dans cette histoire c’est que l’on assiste jamais à des débordements, j’ai jamais vu de bagarres ou de troubles de l’ordre public...sauf le jour oú une loi a voulu interdire le Botellón....lá ils se sont fachés grave les jeunes....

 Ici le weekend (“fin de semana”) commence le jeudi soir, les rues se remplissent jusqu’á 8 heures du matin...oui oui 8 heures! On fait le tour des bars jusqu’à 2 heures (heure légale de fermeture), cette balade s’appelle LA MARCHA (il est impensable ici de rester toute la soirée dans un même bar...pas plus d’1 heure par troqué !) et ensuite on va en boite (inutile de vous pointer en boite avant, il n’y aura personne)…jusqu’à 8 heures. L’heure de pointe c’est donc entre 2 heures et 3 heures du mat, c’est ahurissant de voir toutes les avenues en plein embouteillages, la première fois qu’on assiste à ce spectacle on reste la bouche ouverte. Ce rythme se repete le vendredi et le samedi soir. Quand je vous disais que la fête madrilène n’a pas d’égal je rigolais pas ! Je vous laisse imaginer la tronche de mes collègues de bureau le lundi matin...faut pas leur demander de speeder ça servirai pas à grand chose.

 Madrid est donc une ville agréable, pas trop grande, pas trop petite (je dirai à l’échelle humaine), faite de grandes avenues, plutôt verte (ce qui est une prouesse vu la sécheresse de la région), avec des terrasses à chaque coins de rues qui invitent à la délectation du moment présent. La cerise sur le gateau c’est d’aller au stade le dimanche pour voir les galactiques...le Real de Madrid bien sur !!!

 Quoi de mieux que de se rendre au Bernabeu (le stade est en plein centre ville, faut pas trop les fatiguer les espagnols aprés “la marcha” de tout le weekend) en famille (ici on va au stade avec toute la famille: enfants et grands parents inclus, c’est une des raisons qui explique le taux trés bas de violence dans les stades espagnols) pour voir la meilleure équipe du monde. D’ailleurs le public du Real est trés particulier, il ne se laisse pas aller à des cantiques de bas étages, ici on pousse des OLÉEEEEE à chaque passement de jambes de Zidane, comme s’il s’agissait d’une corrida. Ici on va voir l’Equipe Royale (Real).

 Que voulez-vous que je vous dise de plus...à Madrid il n’y a pas la Tour Eiffel, ni la Tour de Pise, encore moins l’Empire State Building, mais sacrebleu ce qu’il y fait bon vivre......et on dispose d’une trés grande richesse....LE TEMPS !!!

 La suite au prochain numéro ;-)))

Si il y a un thème qui vous interesserait, je me ferais un plaisir d’en faire le sujet d’une prochaine chronique...

Hasta pronto amigos mios y......HALA MADRID !!! 

 

 

Par Ben Mustapha
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Dimanche 26 juin 2005

 

  
M
e voilà de retour, désolé pour cette longue abscence (en tout cas pour moi elle l’a été) due à un voyage en France non programmé.

  En réponse a Zizou de Djerba (un fidéle de chez les fidèles ;-) je vais vous parler aujourd´hui des rapports du genre espagnol. 

  Il faut d’abord préciser que le mode de vie varie énormément suivant les génerations, chose compréhensible sachant les grandes mutations de la société espagnole depuis la mort de Franco (1975). La seule invariable c’est qu’on a l’habitude de beaucoup sortir, de vivre une grande partie de la journée en dehors du foyer. J’en ai encore plus pris conscience lors de mon récent voyage en France (oú je nétais pas retourné depuis plus de 2 ans). J’ai parcouru la moitié de l’hexagone en autobus, et tous les villages que j’ai traversé offraient le même panorama: des rue vides. Ici en Espagne c’est inconcevable, les rues grouillent de gens de tous les ages....sauf en été à l´heure de la sieste bien sur (avec 40ª à l’hombre on les comprend).

 Les espagnols qui ont connu la période du franquisme ont des valeures assez (pour ne pas dire franchement) traditionnalistes, mais ne s’offusquent pas du comportement  plus libertin des jeunes. Chose qui m’a vraiment surpris lors de mes premiers temps en Espagne, c’est de voir des vieux veiller jusqu´à des heures trés tardives dans des bars, terrasses ou autres dancings. Quand je dis tard, c’est franchement tard. Ils profitent de la vie jusqu’au dernier moment, ils ont bien raison. Et ce que je trouve merveilleux, c’est que ça ne les empèchent pas d’aller a l’Eglise tous les Dimanche, ils sont trés bigots. Ici quand les cloches de la messe sonnent, il ‘y a plus de place dans l’Eglise. Un autre rendez-vous qu’ils ne ratent sous aucuns pretexte c’est la Feria de San Isidro (San Isidro c’est le Saint Patron de Madrid, comme Sidi Mehrez pour notre chère Tunis): la corrida de Toros. Sans trop m’étaler sur la corrida (j’en ferai un thème à part, elle le merite bien), c’est un événement sacré pour cette génération d’espagnols.

Les jeunes de ma géneration (bien que je commence à devenir un vieux con à mon tour), la trentaine quoi, sont beaucoup moins religieux, mais respectent la foi de leurs parents sans trop la critiquer. Ils sont pratiquement tous baptisés et participent avec un plaisir non dissimulé aux nombreuses fêtes religieuses (et je peux vous assurer qu’il y en a un nombre incalculable, Jesus aurais pu être espagnol ;-), qui sont toujours une bonne occasion pour trinquer en famille et se taper une bonne bouffe. Par contre la messe c’est pas trop leur tasse de “cerveza”. Les rapports entre femmes et hommes adultes est trés surprenant, il est trés courant de voir des hordes de filles sortir en groupe de leur coté, et les mecs du leur. Par contre c’est un trés mauvais plan drague, en géneral lorsque les filles sortent ensemble c’est justement pour partager un moment entre filles, et les mecs n’y sont pas vraiment les bienvenus (l’inverse n’est pas toujours respecté, “machos ibericos” oblige !!), donc pas besoins d’y voir une aubaine, au risque de se faire jeter et ridiculiser en public. Et je vous assure que pour un célibataire étranger c’est vachement frustrant ;-)

 Parlons d’un sujet sensible: les drogues. En Espagne c’est un vrai fléau, il est choquant de voir que tous se vend (du cannabis en passant par les extasis et autres heroines...) de manière totalement décontrolée. C’est flippant de voir que dès l’adolescence tout est disponible au coins de la rue. C’est un vrai problème de société ici et les pouvoirs publics sont plus que débordés. Donc la nuit Madrilène peut être fascinante mais elle est aussi dangereuse pour les jeunes. 

 

  L’adolescence espagnole est trés deshinnibée, plutot atée et anti corrida. Il n’est pas rare de voir des enfants de 14 ans en groupe participant au Botellón (voir article précédent), aller en boite l’aprés midi et continuer a déambuler trés tard dans les rues. Les parents ont trés peu d’emprise sur eux, ils sont totalement dépassés, les choses sont allé trop vite en 25 ans depuis le “tout interdit” de l’époque franquiste. D’ailleurs si les parents n’osent pas interdire à leurs enfants c’est en grande partie parceque on leur a trop interdit a eux pendant leur jeunesse, le problème c’est que les limites ne sont pas clairement établies, ni par eux ni par la société, d’oú les débordements avec l’alcool et les drogues entre autres. Les pratiques sexuelles sont aussi bien plus libres chez les adolescents que chez les génerations antérieures. Il y a d’ailleurs un boom de l’homosexualité en Espagne (le cinema d’Almodovar en témoigne bien)  qui est à l’origine d’ailleurs de calculs politiques. Ici tout le monde sait que toute la communauté gay a voté pour Zapatero aux dernières élections car ce dernier avait promis de légaliser le mariage civil gay (trés grand sujet de polémique dans cette société profondement catholique), ce qu’il s’est empressé de faire quelques mois apés sa victoire électorale.

  Ce pays est passé en moins de 30 ans d’une dictature fasciste coupée du monde, à une démocratie européenne membre de l'UE vivant l’afflux d’immigration et donc de cultures totalement inconnues sur leur sol (il y a quelques annés l’Esagne était plutot un pays de forte émigration vers les pays du nord et d’amérique latine). Vous pouvez donc apprécier que les différentes génerations d’espagnols ont eu un vécu totalement différent et vivent dans des mondes éloignés à des années lumières. C’est ce qui fait la richesse de cette population, et en tant qu’étranger de pouvoir vivre en direct une histoire contemporaine qui a changé du tout au tout en 25 ans.  Cette société est en pleine remise en question de soi même et à la recherche d’une identité et de valeurs.

  Fin de l’episode. 

J’ai décidé lors de mon prochain article de vous raconter une expérience à la fois douloureuse et qui m’a beaucoup rapprocher des espagnols: comment un tunisien comme moi a vécu la période des attentats du 11 mars 2004 à Madrid.
Par Ben Mustapha
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Mardi 28 juin 2005

    
Comment vous parler de ma vie en Espagne et plus particulièrement à Madrid sans dédier une chronique aux attentats du 11 mars 2004. Je n’aborderai pas le terrain géopolitique parcequ’il nous dépasse (on a tous une opinion plus ou moins différente, mais la vérité Dieu seul la sait, il y a trop de manipulations sur ce sujet), je  me concentrerai donc sur un témoignage d’un tunisien qui a vécu ces terribles événements au coeur du drame.
 
Ce matin là, j’arrivai tranquillement au boulot en voiture, tout était normal. J’avais passé toute la route à écouter le dernier album de Compay Segundo... ahhh celui là il a le don de mettre de bonne humeur de bon matin. J’arrive donc sifflotant des airs de Son cubain et ça me rendais nostalgique des Caraïbes (ma femme est d’origine Dominicaine, donc je connais bien cette région). Une fois installé à mon bureau, une collègue m’annonce qu’il y a eu plusieures explosions à la gare d’Atocha mais qu’il n’y avait pas encore de chiffres de victimes…et surtout aucune revendication. Mon sang ne fais qu’un tour: merde....un attentat de ETA (ici on est habitué à ce que se soit eux) à 7:30 dans cette gare où convergent plusieurs lignes de métro, de trains de banlieues et de grandes lignes (c’est un peu comme la station de Châtelet Les Halles pour ceux qui connaissent Paris)....ça risque d’être grave. Je saute sur mon mobile et j’appelle ma femme: elle est même pas au courant. Je lui demande d’appeler illico ses parents (il y a à peine 2 mois que nous avions déménager, et nous habitions a deux pas de cette gare) pour leur dire que nous allions bien...sans trop comprendre pourquoi je m’alarme, elle s’exécute. Eux non plus ne savaient pas (par la suite ils louèrent Dieu de cet appel). Je m’empresse de faire la même chose et je préviens les miens.  
Je me connecte tout de suite à Internet et ouvre la page d’ El Pais, on annonce des explosions mais rien de plus, trop tôt pour des chiffres ou images. Pour ma part je sentais que l’on allait être témoins d’une catastrophe humaine: avant de déménager, je prenais le train dans cette gare tous les matins à cette heure bien précise pour aller bosser, et je sais la quantité de gens qu’il y à cette heure matinale.
Les minutes passent et les chiffres commencent à tomber: 20 morts, puis 40, puis 100…des images horribles apparaissent sur Internet….la panique s’empare de mon lieu de travail, tout le monde connait quelqu’un qui empreinte cette gare…les lignes téléphoniques sont encombrées….je n’oublierais jamais les visages livides et désemparés de mes collègues n’arrivant pas à joindre leurs proches.

J’ai déjà vécu des attentats à Madrid, j’ai toujours été étonné du sang froid avec lequel les madrilènes, résignés, réagissent. Mais là tout le monde commence à prendre conscience de la magnitude du drame….le bruit court: 200 morts….on s’affole autour de moi….une avalanche de photos s’affichent sur tous les ordinateurs…j’en ai la chaire de poule rien que de m’en rappeler. Première intervention du Ministre de l’Intérieur de l’époque: Miguel Angel Acebes désigne ETA comme auteur des attentats et le chiffre tombe comme un couperet: plus de 230 morts. Etat de choc en Espagne. Les rumeurs commencent à circuler de toutes parts. Ma femme me rappelle en pleurs: une de ces collègues viens d’apprendre la mort d’un parent, c’est l’hystérie. 
Quelques minutes passent et nouvelle intervention en direct sur toutes les radios: Arnaldo Otegui, le représentant du parti séparatiste Basque “Batasuna”, soupçonné d’être proche du groupe armé ETA: démenti formel, ETA n’est pas à l’origine des explosions et il désigne le terrorisme Islamique comme auteur des attentas. Et là c’est  moi qui commence à paniquer: merde si c’est des arabes qui sont les auteurs de cette atrocité, des jours difficiles s’annoncent pour notre communauté. 
Pour le moment personne ne donne d’importance aux déclarations d’ Otegui, aux yeux des madrilènes c’est lui même un terroriste, et en plus les autorités enchaînent les conférences de presse affirmant sans équivoque qu’il s’agit de l’ETA.

24 heures passent, le pays est en deuil, je participe avec ma femme à la Méga manifestation sous la pluie...un moment d’émotion inoubliable. Un silence absolu, une foule incalculable et le seul bruit de la pluie qui s’abat sur les parapluies, Madrid pleure ses morts. J’en ai les larmes aux yeux....pas de haine, pas de cris, pas de bousculades....seulement une marche funèbre à la mémoire de ces madrilènes de toutes origines qui allaient de manière routinière a leur lieu de travail et qui furent happés par la mort.... Madrid se réveille dans l’horreur.

Durant la soirée la thèse Al Quaeda se confirme, bien qu’elle ne soit pas encore officielle. Je n’ai jamais eu autant de mal à aller au boulot. Fini Compay Segundo, j’écoute les infos jusqu’à arriver au boulot. Comment vont réagir mes collègues ? Ça me hante. Comment répondre si on me demande des explications sur les motifs de ces extrémistes ? J’ai mal au ventre...
Je rentre dans mon bureau, tout le monde a l’air résigné, tout le monde parle de la thèse du terrorisme islamique. Je participe à la discussion et je fais part de mes inquiétudes, on me répond a l’unisson:

-“mais voyons Iskander, ne t’inquiètes pas, on est pas stupides, on sait que tu n’as rien à voir avec ces malades. Ici cela fait des années que ETA tue, c’est pas pour autant que l’on rejette ou violente les Basques en général, on est capable de faire la part des choses. Ici c'est pas l'Amérique profonde"
- Je réponds: “ oui mais vous, vous me connaissez, que dire de mes voisins, de la boulangère, de l’épicier et surtout de la situation de la communauté maghrébine en Espagne...il y aura des débordements c’est sur....”
-“n’en soit pas si sur....nous les espagnols on est sortit plusieurs fois dans la rue l’année dernière pour crier haut et fort à notre gouvernement de ne pas participer à cette agression sur l’Irak, pour ne pas suivre ce fou de Bush, on savait que ce genre d’attentat pouvait arriver si on attaquait sans raison un peuple innocent.”

Je peux vous dire que ces paroles m’ont profondément émues, et sont gravées dans ma mémoire. Je dis souvent que les espagnols ne sont pas très cultivés, mais ils m’ont donné une démonstration de civisme. Alors j’espère ne pas voir de commentaires sur mon blog dans le style: “et les morts en Irak, qui les pleurent, et ceux de Palestine....” car ça n’est pas le sujet de ce post. C’est seulement le témoignage d’un drame humain vécu par un être humain. Il n’y a pas de hiérarchie dans l’horreur et l’assassinat de gens innocents.

Les jours suivants ont confirmé ce que l’on sait tous aujourd’hui. Le gouvernement de Aznar a sauté pour les raisons que l’ont sait: les espagnols s’en sont pris à un gouvernement qui les a mené vers une guerre qui n’était pas la leur et ils ont du en payer dans leur chaire les conséquences. Et je peux vous assurer que je ne me suis jamais senti visé, ni moi, ni ma femme ni mes amis arabes. Il y avait parfois des regards inquiets ou de colère quand je parlais arabe dans des lieux publics (qui pourrait les accuser ?) mais rien de plus. La communauté musulmane a été très active et a manifesté en solidarité avec les victimes à plusieurs reprises. Les autorités ont énormément communiqué pour éviter les amalgames. Et moi je me suis senti fier d’être arabe, musulman et Madrilène.
 
Te Quiero Madrid...

Par Ben Mustapha
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Mardi 12 juillet 2005
   


  Voila 14 ans que je vis loins de chez moi....de ma chère Tunisie. J’en reviens justement (d’où mon abscence prolongée sur mon blog). J’ai du partir en catastrophe aprés un appel de mon frère m’annonçant que mon père venait de souffrir un malaise cardiaque. Grace a Dieu il s’en ai sorti. Pourquoi je vous parle de ça ? Tout simplement parceque c’est la première fois que je pense sérieusement à rentrer au bercail.

Je viens de prendre conscience que vivre loins de chez soi peut avoir le désavantage de ne pas avoir le temps de dire aurevoir à ses etres chers si par malheur Dieu décide de les rappeler. Dilemne de conscience....Faut dire que je me plait vraiment en Espagne, mais cet épisode m’a fait beaucoup réflechir. J’en ai parlé à des amis en Tunisie, tous me déconseillent de rentrer: “ici c’est devenu tres dur au niveau boulot, en plus la famille te laisse jamais tranquille, ils se mettent tous dans ta vie privée, la-bas tu es tranquille et la vie est plus confortable et aprés tout tu n'es qu'à 2h d'avion de Tunis....”.

D’autre part il y a des fois quand je passes par des moments de blues, j’aimerais bien pouvoir parler de choses qui me manquent de la Tunisie sans devoir tout expliquer, de pouvoir dire “touhhacht shan Mloukhiyya” sans devoir expliquer (et d’ailleurs j’en serais absolument incapable) comment se prepare ce plat et surtout trouver le nom de cette plante en espagnol....A cela vient s’ajouter une envie de plus en plus obsessionnelle d’avoir un enfant....et donc se pose l’éternel problème de l’émigré: comment l’appeler (trouver un nom qui colle pour l’Espagne et la Tunisie), comment l’éduquer sans qu’il perde son identité, comment lui faire aimer son pays d’origine tout en etant bien intégré en Espagne, comment faire pour lui trouver une bonne nounou vu que l’on ne peut pas compter sur la famille.....Comme vous voyez je suis dans un moment de remise en question plutot délicat....

A dire vrai, je me suis installé en Espagne pour résoudre une partie de ces problèmes. Ayant toujours vécu entre la Tunisie et la France (je suis né de père tunisien et de mère française), j’ai toujours eu la facheuse habitude de vouloir être en Tunisie quand j’étais en France et vice versa. Quand j’étais à Paris (j’y ai fais toutes mes études primaires et universitaires, le secondaire en Tunisie), la Tunisie me manquait cruellement pour sa chaleure humaine, la famille, le beau temps, le café des nattes, les soirées interminables ou l’ont refait le monde entre poignées de glibettes et cacahuetes....Quand j’etais en Tunisie c’est Paris qui me manquait pour ses cinemas (j’adore le cinema, je suis capable d’y aller tous les jours), les promenades interminables dans les rues de cette ville magnifique, pour son anonymat (on en manque cruellent en Tunisie), sa vie culturelle, ses restos, ses cafés, ses boites, la fnac, rencontrer des gens de divers horizons, les voyages à prix cassés pour decouvrir le monde.....Et un jour je suis justement parti découvrir l’Espagne ....coup de foudre immédiat, surtout aprés avoir visité l’Andalousie...j’y ai trouvé un juste mélange de mes deux pays. Voila maintenant 5 ans que je vis à Madrid, j’y suis vraiment trés bien, mais l’épisode récent de mon père me fait une fois de plus reconsidérer ma vie...Dois-je rentrer au bercail ? Peut-on refaire sa vie en Tunisie à 32 ans ?  

 

 

Voila à quoi je penses toutes les nuits depuis une semaine....Mon blog devait en témoiger. Donc tous vos conseils seront un soulagement.  

A vous tous...et longue vie au nouveau né: Maghreb Free Spirit

Hasta muy pronto amigas y amigos mios 

 

Par Ben Mustapha
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Mercredi 14 septembre 2005


 Une des premières choses qui marquent en Espagne c’est le fort sentiment de régionalisme présent chez ce peuple…qui en réalité n’en est pas vraiment un.

Je commencerai par une anecdote particulièrement représentative de ce phénomène pas toujours facile à comprendre depuis l’extérieur.

J’ai quitté Paris pour m’installer à Madrid en 2000 et comme mon espagnol était des plus rudimentaires, j’ai logiquement commencé mon séjour par des cours accélérés d’espagnol (ou plutôt de castillan, la langue espagnole n’existant pas). Vu que mes après-midi étaient libres, j’ai décidé de chercher un partenaire espagnol pour faire des échanges de conversations espagnol / français ; le principe est d’alterner les rencontres, une fois on ne parle que français et la suivante que l’espagnol, c’est très efficace pour pratiquer la langue. Je me suis donc rendu à l’Institut Français de Madrid et j’ai laissé une annonce. Quelques jours plus tard j'ai été contacté par une espagnole. Les premiers jours tout se passait à merveilles, je voyais mon niveau d’espagnol s’améliorer, autant que ma connaissance de la ville, vu qu’elle me donnait rendez-vous dans des endroits toujours différents pour me faire découvrir de nouveaux quartiers. Peu à peu ma camarade commença à me parler de ses origines : « je suis catalane et je suis à Madrid pour une mission de deux ans et j’ai vraiment hâte de rentrer à Barcelone, ici je me sens à l’étranger, les madrilènes sont très différents de nous ». En tant qu’étranger en Espagne, je me suis bien retenu de faire quelques commentaires que se soit, malgré mon étonnement vis à vis de son discours. Mais, rencontre après rencontre, elle commençait à ressasser toujours la même histoire, que les madrilènes sont des campagnards, qu’ils n’ont pas de bonnes manières, qu’ils ne sont pas civilisés et blablabli et blablabla….Elle commençait sérieusement à me les gonfler avec ces histoires…mais bon, vu qu’à part ce coté régionaliste elle était plutôt sympathique, j’ai donc décidé de laisser couler. Un jour elle m'a proposé de rejoindre des amis à elle pour aller au cinéma, je m’empresse d’accepter d’abord parce que je suis un accros du cinéma et en plus connaître d’autres espagnols ne pouvait qu’être enrichissant pour moi….manque de bol je me retrouve en plein milieu d’une bande de catalans parlant en catalan…tant pis je décide de me concentrer sur le film…pendant toute la projection je n’arretais pas de penser : c’est quand même bizarre d’être espagnol et de ne cotoyer que des gens de sa propre région. Quelques jours plus tard j’appelle ma catalane pour repousser notre prochain rendez-vous, je tombe sur son répondeur…et devinez quoi ? Le message de son répondeur était en catalan…là je n’en pouvais plus…merde quand même, vivre à Madrid et ne vivre que dans un environnement catalan c’est trop fort pour mon petit cerveau et comme je suis un peu taquin sur les bords je lui laisse un message…en arabe ! Depuis plus de nouvelles de ma catalane…bon vent ! elle commençait vraiment à me courir avec ces histoires de condescendance catalane.

Cette petite histoire vous montre bien qu’il y a un problème endémique ici, c’est qu’il n’y a pas réellement d’espagnols, de sentiment patriotique, il y a des catalans, des basques, des madrilènes, des andalous, des galliciens…pour comprendre ce phénomène il faut faire un petit rappel historique : la péninsule ibérique a toujours été une terre conquise, par les grecs, les phéniciens, les romains, les wisigoths puis les arabes. Ces civilisations n’ont jamais rencontré de resistance populaire, car la péninsule était habitée par des tribus d’ibères agriculteurs disséminées sur un large territoire. Donc les civilisations venues de l’extérieur ont petit à petit forgé et construit les bases de ce qui deviendra par la suite une monarchie unifiée. Cette unification de petits royaumes s’est concrétisé au XV ème siècle dans un effort de reconquérir les territoires administrés par les andalous musulmans (Al Andalus). Pour la première fois les ibères se sont unifiés sous l’égide de la couronne de León et de Castille. Malgré cette union contre l’occupant, les différences culturelles entre les différents peuples ibériques n’ont jamais cessé d’exister jusqu’á nos jours, même après la dictature franquiste qui a beaucoup réprimé les cultures régionales, jusqu’à en interdire l’usage des langues pour le castillan (l'espagnol pour nous étrangers). 

On continue donc aujourd’hui à manifester des signes d’appartenance à une culture régionale. Aujourd’hui cette manifestation s’exprime d’une part par le football et d’autre part par la politique. Les politiques usent à leur profit le discours séparatiste et indépendantiste pour drainer les votes et accaparer le pouvoir régional. Ce qui est incompréhensible c’est que les espagnols prennent au sérieux ces discours archaïques d’un autre temps. Nous vivons dans une période de mondialisation ou de part le monde il y a un phénomène généralisé de coalitions régionales pour affronter les exigences toujours plus difficiles du marché globalisé, mais ici on pense à se diviser…c’est fou quand même…on gave les espagnols de discours séparatistes pour détourner leur attention des vrais problèmes qui gangrainent ce pays : le très fort taux de chômage chez les jeunes, la précarité de l’emploi, la flambée de l’immobilier qui empêche le départ des jeunes de chez leurs parents et j’en passe…et la seule chose qui accapare le discours des espagnols dans la rue c’est de condamner le discours ou les attitudes séparatistes de la région voisine…Ces jours-ci le gouvernement catalan présente un texte d’ampliation d’autonomie de la Catalogne devant le parlement espagnol, cette proposition a une probabilité zéro d’être approuvée vu que les catalans ne sont pas majoritaires, mais cela fait plus de 3 mois que l’on ne parle que de ça dans tous les médias, dans tous les bars et moyens de transports…pendant ce temps il y a des promoteurs immobiliers qui continuent à se faire de l’argent et à spéculer de manière scandaleuse sur le dos du pauvre travailleur occupé à d’autres fourneaux…Le régionalisme espagnol? C’est comme la cape du matador, elle occupe le taureau, mais gare au matador trop confiant, il arrive toujours un jour où il se fera encorner…Olé !!!!  

Par Ben Mustapha
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Lundi 17 octobre 2005
 

Quand je rentre en Tunisie, on me demande souvent quelle idée ont les espagnols des arabes. Cette question m’étonne toujours un peu vu l’image terriblement aggravée dont nous souffrons en Occident depuis les attentats d’Al Qaeda. Mais je décèle dans cette interrogation un petit espoir de que les ibères, les occidentaux les plus proches de notre culture pour leur passé musulman encore très présent par l’architecture autres vestiges linguistiques, aient une approche plus réaliste des arabes et de leur civilisation.

Je ne surprendrais personne en annonçant que notre image est plutôt mauvaise ces derniers temps, et l’Espagne n’est pas vraiment une exception à la règle,ceci pour plusieures raisons que je vais analyser dans ce post.

" Los Moros ", comme on dit ici pour désigner les arabes, sont en général mal perçus (je ne parle pas des milieux intellectuels et instruits). Cette mauvaise image n’est pas essentiellement due aux évènements du terrorismes moderne, elle remonte à bien plus longtemps.

D’abord, dans ce pays profondément catholique, ils rappellent les envahisseurs Mahometans de la péninsule du 8ème siècle. Vérité terriblement usurpée vu que les Arabes n’ont jamais envahi l’Espagne, ils y ont chassé les Wisigoths à la demande du Prince de Tolède qui est venu demander de l'aide auprès de Tarik Ibn Ziyed alors installé au Maroc. Les Wisigoths étaient des barbares qui traitaient les ibères comme des esclaves. A leur arrivée les Arabes ont été reçus comme des libérateurs par les populations otoctones. Les Arabes ont aimé la terre espagnole et y ont vu une source importante de possibilités de commerce et une place militaire stratégique, ils y sont donc resté pendant 8 siècles. Occupation il y a eu, mais invasion non.  Ce sujet méritera un post à lui seul…

Ensuite, notre mauvaise image trouve aussi sont origine dans un événement récent et encore très douloureux. Le franquisme. Quand Franco, dans les années 20, entrepris la conquête du pouvoir face aux Républicains, il recruta une armée de mercenaires dans le Rif Marocain, qui par contrat avaient un droit de butin, c’est à dire que Franco se servait de ces Moros pour terroriser les populations réfractaires en livrant au saccage des villages entiers par la mains de ces rifiens qui n’y allaient pas par 4 chemins. C’est une image encore très forte ici, on craignait énormément les Moros de Franco.

Ensuite il y a bien entendu ce problème passionnel avec le Maroc, une fois je t’aime, une fois je te hais. Le problème de l’immigration illégale, le commerce du cannabis provenant d’Afrique du Nord….et finalement les attentats de Madrid.

Mais ce qui m’étonne tout le temps, c’est que cette mauvaise image, pourtant pesante, s’évanouie en un rien de temps dés que l’on se comporte de manière digne et civilisée. Ils ont l’image que les arabes sont un peuple d’illettrés (ironie du sort…les arabes leur ont tout appris quand ils sont arrivés au 8ème siecle) et d’incultes. En ce qui me concerne, ils ont du mal à me voir comme un Moro. Le fait d’avoir un collègue arabe dans une entreprise de hautes technologies  comme celle où je travaille (d’ailleurs je suis le seul dans cette entreprise de plus de 10 000 employés), les laisse un peu dubitatifs…je ne colle pas à l'image qu'il ont du Moro, alors parfois ils oublient que j'en suis un et font des commentaires limites…et ensuite se confondent en excuses.

Tout ça pour dire que j’ai du mal à parler de racisme quand je parle des sentiments des espagnols vis à vis des arabes, je définirai cela plutôt comme une ignorance nourrie de sentiments fortement encrés dans le subconscient historique espagnol. Dés que l’on parle leur langue et que l’on offre une image digne, le racisme se transforme très vite en curiosité…donc en ouverture. Je conclurai donc que les espagnols ne sont pas très instruits en matière de Monde Arabe, mais qu’ils sont beaucoup plus sensibles que d’autres à notre culture….faut juste savoir les prendre….il n’y a pas de racisme idéologique, fondé sur un sentiment de supériorité raciale comme dans d’autres pays occidentaux. D’ailleurs ces dernières années le pays dont la population touristiques à augmenté le plus en Tunisie, c’est l’Espagne, et tous ceux que je connais qui y sont allé en sont revenus enchantés et transformés.

En définitive je dirai que les espagnols sont de bons bougres dont l’ignorance en ce qui nous concerne à été deliberrement provoquée (par l’Eglise et le Franquisme principalement) mais très ouverts dés qu’on les séduit…et je peux vous assurer que c’est chose très aisée… J’apprécie vraiment ce peuple parcequ’il est simple et sincère sous tous rapports.

Hasta Pronto

Par Ben Mustapha
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Dimanche 30 octobre 2005


Lors d’un précédent  post (Régionalismes: l’opium du peuple espagnol), j’annonçais les pourparlers actuels sur le nouveau statut de la Catalogne au sein de l’Etat Espagnol. Ces jours-ci le débat commence à prendre des proportions radicales. En effet, le projet de loi réformant le statut (“El Estatut” en catalan) et qui en ce moment est discuté au Parlement, provoque une levée de boucliers chez les nationalistes et la droite espagnole. Ce texte propose une avancée sans précédent  vers l’autonomie voir la cessetion de la Catalogne (il parle  clairement  de nation Catalane). Bien entendu il sera discuté et nuancé et probablement rejeté. Mais sa présentation fait l’effet d’une bombe.

La Catalogne, annexée  à l’Espagne en 1714 (il fut una royaume indépendant de  989 à 1714), a toujours revendiqué sa spécificité et son autonomie par rapport à l’administration centrale madrilène. Mais est-elle encore justifiable aujourd´hui? Dans un pays où les régions sont autonomes (on parle ici de communautés autonomes), c’est à dire qu’elles gèrent leurs affaires internes au sein d’un assemblée regionale, dans un monde ou les régions s’unissent pour faire face ensemble à la mondialisation de la concurrence, est-il toujours justifiable de vouloir se séparer physiquement de l’Espagne alors que ce pays fait lui-même partie d’une union européenne ?

Toutefois, le débat ici fait rage. La Catalogne a toujours rechigné à payer les impots nationaux à Madrid, se plaignant de ne pas voir de reinvestissements de l’Etat dans leur région, mais plutôt dans les régions plus défavorisées comme l’Andalousie et l’Extremadure. Cette position catalane est trés proche de celle de la Lombardie en Italie. Cette attitude peu solidaire est clairement revendiquée dans la proposition du nouveau statut. La riche Catalogne ne veut plus continuer à payer pour aider les régions les plus nécessiteuses d’un Etat Espagnol envers lequel elle ne s’identifie pas.

Les réactions ne se font pas attendre dans le reste de l’Espagne. Depuis une dizaine de jours, une liste des produits catalans à boycotter se promène sur le web espagnol, cette liste se propage à une telle vitesse que les industriels catalans commencent vraiment à prendre peur, ils estiment à 10 % la baisse de leurs ventes à cause du boycott.
Cet effet collatéral de la proposition du nouveau Statut réaffirme clairement l’intégration naturelle de la Catalogne à l'Espagne. En effet, si elle est la région la plus riche et la capitale industrilelle du pays, il n’en reste pas moins que son marché principal est intérieur. Donc cet appel au boycott des produits catalans par le reste des espagnols commence à créer un mouvement de panique chez les grands patrons catalans. Ces derniers n’hésitent donc plus à monter au créneau et commencent à se désolidariser publiquement du texte statutaire actuellement débatu. Il faut rappeller que ces mêmes industriels ou entrepreneurs catalans affirmaient sans gène leur appui au texte avant le boycott.
Par exemple, il y a une semaine, le président de l’équipe du FC Barcelone, Joan Laporta (homme d’affaire puissant), n’a pas hésité, lors de l’ouverture d’un match de championnat, à faire sonner l’hymne catalan avec une carte géante de la Catalogne sur le terrain de football. Peut-on vraiment imaginer le FC Barçelone hors de la Liga Española ? Un Barça qui ne jouerai qu' au sein d’une ligue catalane ? Fini les derbys avec le Real Madrid ?  Cela parait tout de même un peu exagéré. D’ailleurs cet épisode a provoqué aussi la colère de l’équipe de Valence, vu que la carte présentée de la Catagnole incluait Valence. Voici la carte en question pour vous faire une petite idée:



Dans cette histoire, mème Zapatero, le Président du gouvernement espagnol, se voit fragilisé, car il a toujours affirmé être un aficionado du FC Barcelone… une première ici, jamais un chef d’Etat n’a été du Barça… donc on lui repproche son manque de rigueur et de fermeté face aux nationnalistes catalans.

Voila donc dans quelle ambiance vit actuellement ce pays, les démons du passé commencent à ressurgir et l’unité du pays (moi je parlerai plutot de fédération) est mise, une fois de plus, à l'épreuve. Il serait toutefois singulier de rappeler que la seule fois où ce pays s'est unis sans equivoques, c'était pour expulser les andalous musulmans au XVème siècle, depuis ils ne font que se chamailler.

Quand à moi, je ne dirai que deux mots: HALA MADRID (vive le Real Madrid)

;-) Hasta pronto.


Par Ben Mustapha
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Jeudi 24 novembre 2005

Mes fréquents voyages en terre andalouse se soldent toujours par la même réflexion : comment la civilisation musulmane a-t-elle pu  connaître un tel rayonnement à l’époque de Al Andalous et se retrouver dans une décadence si profonde aujourd’hui ?

Le simple fait de se promener dans les ruelles de la Médina de Grenade donne une idée claire de ce paradis qu’avaient édifiés les andalous (maîtrise de l’architecture, de l’urbanisme, de l’esthétique, respect de l’environnement…). Se promener dans les villages du nord tunisien ou du cap bon, régions où se sont installés beaucoup des exilés andalous, laisse dubitatif. Comment ces personnes d’origine aussi prestigieuse peuvent construire des choses aussi horribles, peuvent vivre dans des bourgades où règne l’anarchie urbanistique. Comment expliquer cette amnésie culturelle? La comparaison avec la situation des musulmans dans le monde moderne s’impose : voici une civilisation qui a été durant plusieurs siècles la référence et à la pointe de la recherche, de la philosophie et des sciences et qui se retrouve aujourd’hui plongée dans un obscurantisme idéologique et philosophique très inquiétant. Non seulement absente de la modernité mais en plus nostalgique de traditions et pratiques d’un autre temps.

Quand il m’arrive d’en parler avec des amis musulmans comme moi, trop souvent les réponses expriment á l’unisson un sentiment de victimisation par rapport á un Occident qui s’acharne, par le biais d’une conspiration judéo-chrétienne, dans son projet d’anéantir l’Islam… C’est sur que ce discours n’est en rien constructif ni contient un projet de futur.  Pourquoi seulement s’entendent sur les chaines satélitaires les voix d’Imams rétros, venus d’un autre siècle? Pourquoi les musulmans sont-ils maintenus dans une pensée moyenageuse? Pourquoi la parole n’est jamais donnée à des esprits ouverts et parlant clairement d’un Islam confronté aux réalités modernes de la société actuelle ? L’Islam est ouverture et modernité, le Coran ne commence-t-il pas par la Sourat de la Fatiha (de l’ouverture) ? Au lieu de cela nous sommes recroquevillés dans notre petit coins excluant toutes les autres cultures et confessions…et même toute autre idée plus progressiste de l’Islam.

Je ne comprend pas pourquoi on entretien volontairement les musulmans dans l’obscurantisme et l’ignorance. L’Andalous était tolérant et admettait tous les cultes au sein de la société qu’il administrait ( les religions du livres étant protégées par le Coran), et plus que cela, il s’appropriait les vertus de chacune d’elles, c’est ce qui a permis sa grandeur. Sa déchéance est principalement due a la cupidité de ses dirigeants et à la division des andalous. Mais la civilisation andalouse s’est forgée grâce au mélange, à la tolérance et à l’ouverture. La civilisation musulmane a été la seule capable de faire coexister toutes les fois et communautés en paix. Les juifs venaient de toute l’Europe, oú l’inquisition les condamnaient au bûcher, pour venir vivre en paix en terre andalouse et y prospérer.

Voyez où nous en sommes aujourd’hui. L’intolérance, l’ignorance de sa propre religion et l’autarcisme intellectuel et culturel règnent. La nostalgie est la seule fierté des musulmans, l’avenir est un concept bien abstrait pour tous. L’Islam sera-t-il capable de renaître de ses cendres, aussi prestigieuses qu’elles soient? J’en suis persuadé, car c’est la seule organisation sociale qui a permis, il est vrai durant des périodes assez brèves, une convivialité, non pas parfaite, mais viable.




Par Iskander
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Mercredi 7 décembre 2005


Comme vous l'aurez remarqué, cela fait un moment que je suis absent de mon blog. Je suis en Tunisie depuis deux semaines pour raisons familiales (mon père ayant subit une opération... il va mieux maintenant). Je serais de retour sur mon blog la semaine prochaine avec de nouveaux posts. Ne quittez pas ;-)
En tout cas le débat en cours sur mon dernier post me fais plaisir pour la qualité des réflexions et la civilité du débat. Merci à tous les intervenants.
A la semaine prochaine...



Par Ben Mustapha
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